Portrait d'un homme barbu tenant dans les mains une vue du Familistère

Les Hommes d’aujourd’hui n° 172 : Jean-Baptiste André Godin (collection Familistère de Guise)

Les Hommes d’aujourd’hui n° 172 : Jean-Baptiste André Godin (1882)

Dessinateur :

Demare, Henri (1846-1888)

Date : 1882
Imprimeur :

Imprimerie Blanpian

Date : 1882
Éditeur :

Cinqualbre, A.

Date : 1882
Mesures : H. 30 ; L. 20 cm
Domaine :

imprimé

Acquisition : Dépôt du Département de l'Aisne
Inventaire n° : D-2002-1-55
Notice :

Les Hommes d'aujourd'hui est une revue littéraire et satirique, républicaine et anticléricale, fondée en 1878 par l'écrivain et journaliste Félicien Champsaur et le dessinateur André Gill. Chaque numéro est consacré à une personnalité contemporaine et comprend quatre pages : une caricature de l’intéressé·e en couleurs sur la couverture et trois pages de biographie. Le premier numéro, publié le 13 septembre 1878, est consacré à Victor Hugo. 469 numéros paraissent de façon irrégulière jusque 1899. La galerie est éditée à Paris par A. Cinqualbre qui cède ses droits en 1885 à Léon Vanier, éditeur de Paul Verlaine. André Gill dessine les portraits-charge des 142 premiers numéros (sauf le sien dans le numéro 10) et Henri Desmare réalise les suivants jusqu’au numéro 229 (sauf le 227). Plusieurs caricaturistes se partagent ensuite les dessins. Les auteurs des textes sont des écrivains parmi lesquels Félicien Champsaur (n° 1 à 30), Léon Vanier (n° 31 à 261 et d’autres sous le pseudonyme de Pierre et Paul), Paul Verlaine, Jules Laforgue ou Joris Karl Huysmans. Les personnalités choisies, presqu’exclusivement des hommes (on compte moins de dix femmes), appartiennent principalement aux mondes des lettres et des arts, de la presse et de la politique. Mais on trouve aussi quelques militaires, médecins, pédagogues ou industriels. La publication connaît un réel succès.

Le numéro 172 de la galerie des Hommes d’aujourd’hui est consacré à Jean-Baptiste André Godin. Après le 22 février 1879 (n° 24), les livraisons ne sont pas datées. La correspondance de Jean-Baptiste André Godin permet toutefois de situer la parution du numéro 172 en février 1882. L’initiative de la publication de la biographie de Godin revient à Wladimir Gagneur, sympathisant fouriériste, député du Jura et ancien collègue de Godin à l’Assemblée nationale de 1873 à 1876. Gagneur a lui-même fait son entrée dans la galerie des Hommes d’aujourd’hui en 1880 sous le numéro 73. Godin, qui connaît personnellement un certain nombre des personnalités de la galerie est d’abord réticent. Il ne comprend pas l’intérêt d’une telle publication mais finit par se laisser convaincre par Gagneur, qui y voit une occasion de faire connaître le Familistère comme il l’écrit dans une lettre publiée par le journal du Familistère, Le Devoir, le 19 février 1882 : « Mon cher Godin et ancien collègue, En vous faisant figurer dans la collection si populaire Les hommes d’aujourd’hui, j’ai voulu attirer l’attention publique sur votre création du Familistère, presque ignorée en France – comme l’est d’abord toute invention française – mais célèbre à l’étranger, et qui est certainement l’œuvre la plus considérable réalisée jusqu’ici en faveur des classes laborieuses. ».

La caricature signée Henri Demare présente Godin en bâtisseur du Familistère de Guise. Celui-ci tient dans les mains une vue perspective du Familistère de Guise et de sa manufacture, réalisée d’après la lithographie parue en 1871 dans son ouvrage Solutions sociales. À l’arrière-plan est représenté le Palais social, dessiné d’après la même estampe. La biographie, signée Pierre et Paul, est le résumé en français de la biographie rédigée par le coopérateur anglais Edward Vansittart Neale pour sa brochure Associated Homes : A Lecture, parue à Londres en 1880. Godin n’est pas satisfait du portrait, probablement réalisé d’après une photographie. Il estime que les sujets traités en couverture des Hommes d’aujourd’hui manquent de caractère. « Si l'on réédite Les Hommes d'aujourd'hui, je voudrais bien n'y pas figurer sous la même forme grotesque », écrit-il à Wladimir Gagneur le 17 décembre 1885 alors que la réédition de la galerie est envisagée par son nouvel éditeur, Léon Vanier. La composition de Demare n’est effectivement pas gracieuse, mais elle présente Godin en homme d’action entièrement dévoué à son œuvre. L’industriel va préférer donner de lui l’image d’un penseur utile à la nation tout entière.

C’est ainsi qu’un nouveau portrait est préparé en concertation avec Léon Vanier pour la couverture de la réédition du numéro 172 de la galerie des Hommes d’aujourd’hui. Godin communique cette fois à l’éditeur pour modèle de son portrait non pas une photographie mais la gravure publiée en frontispice de l’ouvrage Le gouvernement : ce qu’il a été, ce qu’il doit être, et le vrai socialisme en action, paru à Paris en 1883. L’épreuve de la couverture qu’il reçoit en juin 1886 reçoit son agrément. Le nouveau portrait est dessiné par Coll-Toc, pseudonyme du duo de caricaturistes Alexandre Collignon et Georges Tocqueville. Appuyé sur une espèce de stèle au nom du Familistère de Guise entourée d’une couronne de lauriers, Godin pose désormais en réformateur et intellectuel devant un exemplaire du journal Le Devoir et six ouvrages qu’il a publiés, dont l’accumulation est censée signifier la prolixité de l’auteur. Le visage est grave, les sourcils noirs sont saillants – trait de sa physionomie auquel Godin est attaché (lettre à Eugène Guyétant du 29 janvier 1879) –, la main glissée dans la redingote exprime de l’assurance. L’imprimeur n’a pas oublié la touche rouge sur le col du vêtement pour figurer l’insigne de la Légion d’honneur (Godin est nommé chevalier de l’ordre en décembre 1882). Le fondateur du Familistère aurait cependant aimé que ses yeux soient moins noirs et que des hachures puissent évoquer leur couleur bleue. Il aurait aussi voulu ajouter Le gouvernement aux livres représentés. Léon Vanier ne procédera pas aux modifications souhaitées. La publication tarde et ne paraît qu’après la mort de l’industriel en janvier 1888. À la demande de Marie Moret en février 1888, la biographie d’Edward Vansittart Neale est enrichie des événements survenus après 1882 et de la mention du décès de son époux.

 

Sources : Paris, Bibliothèque central du conservatoire des arts et métiers, fonds Godin : lettre de Jean-Baptiste André Godin à Eugène Guyétant, 29 janvier 1879 ; lettres de Jean-Baptiste André Godin à Wladimir Gagneur, 13 décembre 1881, 7 février 1882, 17 décembre 1883, 7 décembre 1885 et 17 décembre 1885 ; lettre de Jean-Baptiste André Godin à Léon Vanier, 26 février 1886, 4 avril 1886, 5 avril 1886, 28 juin 1886, 14 novembre 1887 et 25 novembre 1887 ; lettre de Marie Moret à Léon Vanier, 6 février 1888. Guise, archives du Familistère : lettre de Wladimir Gagneur à Jean-Baptiste André Godin, 22 février 1886 (voir FamiliLettres).

Bibliographie : Godin (Jean-Baptiste André), Solutions sociales, Paris, A. Le Chevalier, 1871 ; Godin (Jean-Baptiste André), Le gouvernement : ce qu’il a été, ce qu’il doit être, et le vrai socialisme en action, Paris, Guillaumin, A. Ghio, 1883.

Mots-clés : portrait ; Godin (Jean-Baptiste André) ; Palais social
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Notice créée le 11/07/2024.